Date de publication : 24/01/2015

Le sport féminin doit retrouver sa féminité !

A l’occasion des 24 heures du sport féminin, j’ai décidé de consacrer ma première tribune aux freins que rencontre ce sport dans son développement.

Le sport féminin – en particulier dans les sports co comme le basket, le hand ou le rugby – court depuis des années après les résultats. J’ai toujours entendu dire que “les performances des filles devaient progresser” pour coller à celles des garçons, être plus “spectaculaire”. Au regard des résultats qu’on peut trouver sur wikipedia ou des stats sur les sites des différentes fédé, les résultats sont là. Si vous n’êtes pas convaincus, venez dans les tribunes, vous verrez comme moi qu’au niveau du spectacle, les femmes en donnent autant que les hommes. L’équipe de France masculine de basket a d’ailleurs un profond respect pour les “braqueuses” (surnom donné à l’équipe de France de Basket) depuis les résultats obtenus aux jeux olympiques.

Nous travaillons autant que les hommes et ce que nous donnons à notre sport en matière de temps et de prépa est équivalent pourtant nous n’avons ni les mêmes revenus ni la même notoriété/médiatisation. Un bémol pour la musculation qui n’est pas encore dans la culture des européennes comme aux US, en France la femme athlétique est moins vendeuse, même si là aussi les mentalités évoluent rapidement tout autant que les techniques de préparation qui respectent de plus en plus le corps féminin.

Les clubs féminins ont su se structurer et se professionnaliser autant que ceux des garçons, même si à ce niveau des marges de progression sont encore possibles notamment dans la considération d’une certaine spécificité de la “femme” dans le sport. Les carrières des femmes sont différentes car gagnant moins d’argent elles doivent rapidement se poser la question de la reconversion. Idem pour la maternité, c’est un sujet compliqué dans de nombreux sports qui rime malheureusement trop souvent avec une fin de carrière ou un plan de carrière moins ambitieux.

Les statistiques illustrent les marges de progression avec le peu de présence des femmes dans l’encadrement sportif, elles n’étaient que 10% en 2013 (source Ministérielle). Je ne pense pas que le nombre de femmes dans l’encadrement soit le seul facteur de réussite du sport féminin, il faut de la solidarité féminine, la volonté de développer et de soutenir ce sport qui a tant à offrir. Le plus gros défi est de sensibiliser et convaincre les décideurs en charge des media et des budgets de sponsoring, que ce sport est aussi spectaculaire que celui des hommes et c’est pour moi le défi que le sport féminin a su remporter ces dernières années.

Mais alors pourquoi certains sports féminins restent-ils médiatiquement confidentiels ? pourquoi les sportives sont elles moins connues que les sportifs ? quels sont les recettes des sports féminins qui percent ? je me pose régulièrement ces questions et j’y réponds selon trois axes :

1) le premier est celui des infrastructures. On pourrait imaginer que le nombre de femmes licenciés pourrait influencer les media dans la décision de diffuser un sport mais non ! Prenons le cas du rugby, moins de 5% de femmes licenciées et pourtant pour la dernière coupe du monde féminine, l’audience fait un carton sur les chaines de la TNT. Alors pourquoi ces matchs ont ils rencontré un tel succès médiatique ? Parce que le spectacle était au RDV, les matchs se jouant dans des stades de qualité en région Parisienne.

2) le second est celui de “l’image”, savoir allier sport, résultats et féminité pour séduire. Prenons le cas du beach volley féminin, de l’athlétisme ou du tennis féminins. Les médias s’y intéressent parce que ces sports rencontrent une audience car les athlètes ont su valoriser leur image au travers de la dimension féminine ! Au delà de la mise en scène dans le cadre du sport pratiqué en compétition – maquillage, coiffure et tenue -, ces sportives se mettent aussi en valeur dans les media féminins en travaillant leur “personal branding”. Elles sont de véritables business women bâtissant leur image pour se démarquer, séduisant ainsi les média et les sponsors.

3) le dernier point est celui de la stratégie. Sous l’impulsion de la Women Rugby League, la Fédération Française de Rugby – et c’est tout à son honneur – met en oeuvre un grand plan d’action national et fait du développement du rugby féminin un axe stratégique : les encadrements sont formés, les media sont sensibilisés, etc. avec pour résultat une augmentation importante du nombre de licenciées et une diffusion du championnat sur la TNT. Cette réussite “rapide” devrait donner l’exemple à de nombreuses autre fédération.

En conclusion, j’ai la conviction que le sport féminin pour être médiatisé doit relever le défi de repenser son image en valorisant son capital féminin, après avoir réussi le pari de la qualité sportive.

Emilie G.

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